L’Agence Think+ a travaillé pendant deux ans en tant qu’expert au sein de l’opération pilote « Entreprise et Biodiversité : un duo florissant » pilotée par Soltena et l’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine.
Nous vous proposons ici une analyse à travers des témoignages et vous résumons les 3 points clés à retenir !
« Nous avions formalisé une stratégie RSE en 2019 (…) mais on s’est assez vite rendu compte, avec notre PDG, que le la dimension carbone n’était pas suffisante : il manquait un élément important… C’était tout simplement la nature ! » Christophe Molliex, directeur RSE du Groupe Aramis.
I.Toute entreprise, quelle que soit sa taille, son secteur ou son niveau de maturité, peut (et doit !) mettre en place une réflexion autour de la biodiversité
Aquaculture, assurance, meubles… Les secteurs avec lesquels nous avons travaillé étaient variés, ainsi que les tailles d’entreprises allant de quelques salariés à 9 000 collaborateurs : la biodiversité concerne tout le monde.
La différence que nous avons pu remarquer entre les entreprises accompagnées concerne la place que prend la démarche biodiversité en fonction de la maturité environnementale de l’entreprise. On vous explique : dans une entreprise mûre du point de vue environnemental (entreprise à mission ou Engagée RSE par exemple), le sujet de la biodiversité vient :
- Renforcer et enrichir des actions déjà existantes
Christophe Molliex, directeur RSE du Groupe Aramis nous explique : « Une action de remplacement de la matière première aluminium par des aluminiums recyclés utilisant des énergies renouvelables c’était déjà initié par l’aspect climatique mais avec notre prise de conscience de tous les impacts sur la biodiversité c’est d’autant plus fort ».
- Harmoniser les projets existants
Marion Chomel, chargée de projets QSE de la MAIF : « Travailler sur la biodiversité cela permet de faire le lien entre tous les projets : entre le changement climatique, la préservation des ressources et puis la qualité de vie au travail puisque c’est l’un des services écosystémiques rendus par la biodiversité. La biodiversité peut servir de fil rouge pour plein de projets »
Mélanie Gouaux, chargée de mission environnement du Groupe Aqualande : « Nous avons pu vraiment structurer les actions qu’on mène au quotidien et tous les chantiers qui sont déjà lancés, comme le projet « emballages de demain » ou le projet « désinfection de nos eaux usées » : une structuration par la biodiversité sur l’ensemble de notre filière »
Inversement, pour les entreprises ayant une maturité environnementale moins forte, le sujet de la biodiversité devient le pilier central de la stratégie, comme chez Discac : « Nous avons regroupé l’ensemble de nos membres du CODIR pour travailler sur la stratégie environnementale de l’entreprise afin que la biodiversité soit intégrée dans tous nos processus », explique Marion Laporte, responsable RSE chez Discac.
II. La démarche biodiversité permet de limiter son impact mais aussi de pérenniser l’activité, d’anticiper les évolutions à venir et de mieux gérer les risques
Si le bilan carbone permet de mieux comprendre les émissions de son entreprise et la RSE de piloter les bonnes pratiques internes, la biodiversité apporte une nouvelle dimension essentielle : la dépendance à la nature et la traçabilité de sa chaine de valeur.
« Mon conseil pour les autres entreprises serait de ne pas sous-estimer les enjeux de la biodiversité sur leur business model et ce quel que soit leur secteur d’activité », affirme Marion Laporte.
Parfois, la dépendance aux services écosystémiques est évidente comme pour la filière aquacole : « Sans le maintien de la biodiversité notre filière n’existerait pas », exprime Rolindes Moran responsable RSE du Groupe Aqualande. Inversement, il semble moins évident d’identifier la dépendance et les risques pour un service tel que des assurances, pourtant Anne Ferrer-Hénin, agent technique à la MAIF explique : « On sait depuis longtemps qu’un monde à + 4 degrés ne sera pas assurable et donc on essaie de mettre des choses en place pour favoriser la biodiversité et avoir le moins d’impact que possible sur l’environnement ».
Ainsi, connaitre ses dépendances, ses impacts et les risques associés, permet de mettre en place des objectifs et des actions concrètes en faveur du vivant.
Chez MAIF par exemple : « Faire un diagnostic a permis dans un premier temps de connaître nos impacts et nos dépendances à la biodiversité. Par exemple, au travers de nos bâtiments et de nos parkings, on participe à l’artificialisation des sols. C’était une première étape que de prendre conscience de notre impact sur ce plan-là pour ensuite nous engager dans une démarche de zéro artificialisation nette » explique Marion Chomel, chargée de projets QSE à la MAIF.
III. Tout part de la sensibilisation des équipes, de la compréhension du sujet et de la prise de conscience de sa responsabilité en tant qu’entreprise
« La biodiversité est un sujet beaucoup plus concret et palpable que le carbone », affirme Marion Laporte, responsable RSE chez Discac. Pour cela, il interpelle et touche les collaborateurs et il concerne tout le monde : de la direction à l’opérationnel. Chez Aqualande « Une journée biodiversité a été organisée avec un groupe d’une trentaine de personnes des différentes filiales et différents services, y compris des coopérateurs et toute la direction » explique Mélanie Gouaux, chargée de mission environnement du Groupe. Cette journée a permis de construire, tous ensemble, la feuille de route biodiversité du groupe.
Il est essentiel de dépasser l’idée reçue selon laquelle agir pour la biodiversité, en tant qu’entreprise, se limite à installer des ruches ou des hôtels à insectes. Bien que ces initiatives aient leur utilité, elles ne répondent pas aux véritables enjeux de la perte de biodiversité. Pour avoir un impact significatif, les entreprises doivent s’attaquer aux cinq grandes causes de l’érosion de la biodiversité identifiées par l’IPBES : la destruction et la fragmentation des habitats, la surexploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions et les espèces invasives. Cela implique une approche systémique, en évaluant et en réduisant les impacts tout au long de leur chaîne de valeur, afin de contribuer réellement à inverser le déclin de la biodiversité. (Cf. Article https://agence-think-plus.com/entreprises-et-biodiversite-quelles-interdependances/ )
L’entreprise prend conscience du rôle qu’elle joue. Christophe Molliex, directeur RSE du Groupe Aramis soulève : « le pouvoir qu’a l’entreprise par rapport à ces sujets de biodiversité concerne aussi le changement de modèle : quel est le modèle de la réussite ? Comment sortir de la belle maison avec un jardin tondu parfaitement ? Quel est le rêve que l’on doit véhiculer ? Potentiellement, un environnement naturel enviable et beau serait un peu sauvage, avec un peu de désordre ! C’est un modèle à changer »
Au vu de cela, « c’est important d’avoir une équipe dirigeante engagée » insiste Marion Chomel, chargée de projets QSE à la MAIF.
Pour conclure, concrètement à quoi cela peut-il mener que de travailler sur le sujet de la biodiversité ?
« La biodiversité passe par beaucoup de choses qu’on fait nous au sein du siège, dans les jardins, dans les bâtiments, mais également au niveau de nos portefeuilles financiers » Anne Ferrer-Hénin, agent technique à la MAIF.
« Une gestion du foncier de façon à redonner de la place à la biodiversité sur l’ensemble de nos sites. On va commencer sur le site de Saint-Médard-d’Eran pour renaturer, recréer des milieux humides car on est proche d’une zone Natura 2000 avec des zones humides » Christophe Molliex, directeur RSE du Groupe Aramis.
« Même si on en était conscients, ce travail nous a permis de remettre la biodiversité au centre de notre stratégie. Ça nous a également permis de poser le mot biodiversité sur des actions qu’on mène déjà au quotidien, que ça soit sur nos sites piscicoles ou dans nos ateliers de transformation » Mélanie Gouaux, chargée de mission environnement du Groupe Aqualande.
« Ça nous a permis de mettre en place un plan d’action et également un outil de pilotage et de priorisation » Anne Ferrer-Hénin, agent technique à la MAIF.
« On a bien appris à faire la différence entre ce qui est vraiment utile à la biodiversité ce qui aura un impact positif et ce qui relève juste de la communication » Christophe Molliex, directeur RSE du Groupe Aramis.