Quelques mois après la première traversée atlantique de son voilier-cargo Anemos, réalisée en août 2024, Towt a annoncé la commande de six nouveaux navires afin de renforcer sa flotte. Plus récemment, en février 2025, le plus grand cargo à voile du monde, conçu à Nantes, a été mis à l’eau en Turquie, marquant une avancée majeure dans le transport maritime décarboné.
Alors que le secteur du transport maritime représente 3% des émissions mondiales de CO₂ et que les flux de cargaisons devraient doubler d’ici à 2050, la voile refait surface comme alternative. Selon l’ADEME, elle permettrait de réduire jusqu’à 90% des émissions de CO₂ pour un trajet transatlantique (par rapport à un navire moyen).
La signature du pacte vélique en mars 2024 avec la filière du transport maritime illustre cette dynamique, avec pour objectif d’atteindre 30% des parts du marché mondial dans les années à venir.
Quels sont les acteurs en place et comment intégrer ces solutions ? Tour d’horizon des solutions existantes.
1. Les options existantes
Voici un aperçu des principaux acteurs recensés proposant des solutions de transport maritime à voile, ainsi que leurs routes desservies, capacités et fréquences de départ. Ces entreprises offrent une variété d’options pouvant répondre à des besoins spécifiques de transport de marchandises.
2. Leur intégration dans la chaîne d’approvisionnement
Pour optimiser l’utilisation des cargos à voile, les entreprises peuvent identifier les cargaisons adaptées à ce mode de transport, tout en reconnaissant que certaines marchandises sensibles au temps et essentielles peuvent nécessiter d’autres solutions.
Pour concrétiser une transition vers ces transports plus durables, l’Agence vous recommande de :
- Évaluer l’impact de la chaîne d’approvisionnement : en collectant des données sur les transports actuels. Cette analyse permettra d’identifier les trajets les plus émetteurs et de déterminer les actions nécessaires pour les améliorer.
- Identifier les cargaisons adaptées au transport à la voile : en tenant compte de la nature des produits, de leur urgence de livraison et de la disponibilité des voiliers-cargos sur les routes nécessaires.
- Élaborer une stratégie d’intégration progressive des cargos à voile dans la chaîne logistique : débuter par des cargaisons moins sensibles au temps, par exemple, puis élargir vers d’autres marchandises.
3. Les limites
Malgré leur potentiel, les cargos à voile rencontrent des défis importants. Leur déploiement à grande échelle est entravé par des facteurs logistiques et opérationnelles. Leurs coûts initiaux peuvent être plus élevés et leur capacité de transport limitée par rapport aux navires conventionnels.
Les principaux défis comprennent :
- Coûts initiaux élevés pour la construction et l’exploitation des voiliers-cargos
- Capacité de transport limitée par rapport aux porte-conteneurs traditionnels
- Incertitudes liées aux conditions météorologiques variables et aux délais de livraison serrés du commerce actuel
- Nécessité de modèles hybrides pour combiner efficacement la propulsion à voile et la propulsion conventionnelle
- Besoin d’infrastructures portuaires adaptées et de modifications logistiques pour intégrer les cargos à voile dans la chaîne d’approvisionnement
Ces défis nécessitent une approche stratégique et des ajustements de la chaîne logistique.
Si ces navires sont certes plus lents, ils offrent une alternative à faibles émissions et plus durable. Intégrer les cargos à voile dans la stratégie d’éco-conception, c’est non seulement réduire l’empreinte carbone, mais aussi renforcer un positionnement sur le marché en tant qu’entreprise responsable.
4. Le cargo, un transport essentiel ?
La viabilité des cargos à voile en tant qu’alternative au transport maritime conventionnel nécessite donc une approche prudente et stratégique. Quoi qu’il advienne, les voiliers ne pourront jamais concurrencer les porte-conteneurs dans le contexte actuel. Face à l’échelle monumentale du commerce mondial, il est clair que tous les flux de marchandises ne peuvent pas être transférés vers des cargos à voile. Leur déploiement massif est discutable, car il ne pourra pas concerner toutes les cargaisons.
Cela soulève la question cruciale de l’importance du transport maritime pour les biens dits « essentiels ». Il s’agit d’identifier les cargaisons essentielles nécessitant une livraison rapide (alimentaires, médicales…) par opposition à des biens moins urgents (mobilier, mode…).
Ainsi, pour que la transition vers les cargos à voile soit efficace, elle doit être complémentaire à d’autres initiatives de réduction des émissions de carbone. Il est essentiel de l’intégrer à une stratégie d’éco-conception globale de l’entreprise.
Il est également important de souligner que, face à l’ampleur de l’impact du transport, l’objectif n’est pas nécessairement de substituer un mode de transport, mais plutôt de repenser fondamentalement la façon dont l’entreprise opère à l’échelle mondiale : réduction des échanges mondiaux, réduction de notre consommation et promotion d’une consommation plus locale de nos biens.
La suite ?
Ainsi, de plus en plus d’initiatives voient le jour. Des partenariats public-privé se développent et les investissements dans les infrastructures portuaires pour les cargos à voile sont en augmentation, ouvrant la voie à un transport plus propre et responsable.