Pourquoi agir sur le numérique est un impératif ?
Le numérique est omniprésent dans nos vies personnelles et professionnelles. Il est devenu un levier essentiel de productivité, d’innovation et de communication. Aujourd’hui, cette omniprésence s’intensifie encore avec l’essor du cloud et de l’intelligence artificielle, désormais intégrés dans de nombreux services du quotidien.
Si ces technologies offrent des opportunités considérables, elles soulèvent également des questions essentielles, notamment en matière d’impact environnemental. Derrière chaque service numérique, chaque requête ou chaque modèle d’IA, se cachent des infrastructures énergivores, des centres de données et des équipements dont l’empreinte carbone ne cesse de croître.
Et l’intelligence artificielle ?
L’intelligence artificielle s’inscrit pleinement dans cette dynamique. L’entraînement et l’exploitation des modèles d’IA reposent sur des volumes importants de données et une puissance de calcul élevée, accentuant la consommation d’énergie et de ressources. L’IA ne crée donc pas un nouveau problème, mais amplifie les enjeux existants du numérique et rend indispensable une approche plus responsable de sa conception et de ses usages.
Quel est l’impact du numérique en France ?
Selon une étude menée par l’ADEME et l’ARCEP, le numérique représentait 2,5% de l’empreinte carbone française en 2020, un chiffre en constante augmentation. Les émissions sont principalement liées à trois catégories :
- Les terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes), leur fabrication nécessite des terres rares, des métaux précieux ainsi que leur durée de vie (bien) trop courte.
- Les centres de données, qui consomment à eux seuls près de 1% de l’électricité mondiale [1].
- Les ‘’réseaux’’, dont l’usage s’intensifie avec la montée en puissance des vidéos en streaming et le stockage de données sur le nuage.
Si aucune action significative n’est prise, les experts prévoient une hausse de 45 % de l’empreinte carbone du numérique en France d’ici 2030. Cette augmentation pourrait même atteindre 187 % d’ici 2050 [2].
Dans ce contexte, l’ADEME a approfondi sa réflexion et s’est engagée dans l’élaboration de quatre modèles de société visant à atteindre la neutralité carbone en France d’ici 2050. Pour les plus intéressés d’entre vous, voici la synthèse de l’étude.
Pour les entreprises et les collectivités locales, intégrer les bonnes pratiques du numérique responsable offre de nombreux avantages. C’est à la fois une nécessité environnementale et un levier de compétitivité et d’économie.
La France avance, législation et réglementation en construction
La loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique), a été adoptée en 2021, Cette dernière s’adresse à tous les acteurs de la chaîne de valeur du numérique : professionnels du secteur, acteurs publics et consommateurs, et s’articule autour de cinq objectifs clés.
- à faire prendre conscience de l’impact environnemental du numérique
- à limiter le renouvellement des appareils numériques
- à adopter des usages numériques écoresponsables.
- à promouvoir des centres de données et des réseaux moins énergivores.
- à promouvoir une stratégie numérique responsable dans les territoires
Pour rappel, les communes de plus de 50 000 habitants doivent avoir élaboré une stratégie numérique responsable, depuis le 1er janvier 2025, conformément à l’article 35.
Le RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) est un ensemble de normes conçu pour aider les entreprises à rendre leurs sites internet accessibles à tous, y compris aux personnes en situation de handicap. Il vise à assurer une expérience de navigation fluide et inclusive pour tous les utilisateurs, indépendamment de l’appareil utilisé. Ce cadre normatif est intimement lié au numérique responsable, car les pratiques qu’il promeut favorisent non seulement l’inclusivité, mais également la sobriété du numérique.
Pour rappel, à compter du 28 juin 2025, la directive européenne sur l’accessibilité s’appliquera à toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 2 millions d’euros ou qui emploient plus de 10 personnes. Ces entreprises devront alors s’assurer que leurs services numériques respectent les normes du RGAA.
Le RGESN (Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques) propose des lignes directrices pour concevoir des services numériques moins énergivores, tout en favorisant leur performance et leur accessibilité.
Quelles actions simples à mettre en place ?
Le premier geste à avoir, est celui de maximiser, d’allonger la durée de vie de nos terminaux. Il n’est nullement nécessaire de renouveler ses appareils numériques lorsque ces derniers fonctionnent encore très bien, juste pour avoir la dernière nouveauté. Privilégiez dès l’achat, un matériel robuste, réparable et fiable (un indice de durabilité a fait son apparition pour vous aider à choisir).
Le second geste, est d’implémenter les bonnes pratiques de conception sur son site internet. L’idée est de minimiser l’impact environnemental tout en garantissant une expérience utilisateur fluide et inclusive. Voici quelques exemples :
1. Images trop lourdes
Les images de grande taille augmentent le temps de chargement des pages et consomment davantage d’énergie.
- Privilégier les formats vectoriels pour les illustrations, logos et icônes. Ces fichiers sont plus légers et adaptés à tous les types d’écrans.
- Utiliser des formats compressés comme le WebP ou l’AVIF pour les photos. Ces formats réduisent la taille des fichiers tout en conservant une qualité optimale.
- Mettre en place un chargement dit ‘’paresseux’’ pour les images situées hors champ. Ces dernières se chargeront uniquement lorsque l’utilisateur défilera vers elles.
À titre d’exemple, il est possible d’espérer de tels gains en choisissant le bon format :
| Format initial | Taille initiale | Taille après conversion WebP | Gain possible [%] |
| JPEG haute qualité | 1 Mo | 200-400 Ko | Jusqu’à 80% |
| JPEG standard | 500 Ko | 150-250 Ko | env. 50% |
| JPEG optimisé | 100 Ko | 60-80 Ko | 20 à 40% |
2. Vidéos en lecture automatique
Les vidéos qui se lancent automatiquement et tournent en boucle consomment des ressources importantes sans ajouter de valeur.
- Si possible, supprimer les vidéos en lecture automatique.
- Proposer à la place, un bouton pour visionner la vidéo à la demande de l’utilisateur, via un lien ou une fenêtre modale.
- Si une vidéo est essentielle, optimiser sa taille en réduisant la résolution d’image et sa durée.
Il est donc essentiel de se demander si l’ajout d’une vidéo sur son site internet apporte une réelle valeur à notre communication/vitrine numérique.
3. Polices d’écriture personnalisées
L’utilisation de polices personnalisées alourdit le site, car chaque police nécessite des fichiers supplémentaires à charger [3].
- Limiter le nombre de polices d’écriture différentes (1 ou 2).
- Privilégier les polices d’écriture système (Arial, Verdana, …) ou les polices web standard pour éviter le chargement de fichiers inutiles.
4. Scripts inutiles
Les scripts tiers (trackers, publicités, plugins) augmentent le poids global du site et sollicitent inutilement le processeur.
- Supprimer les scripts superflus qui n’apportent pas de valeur directe à l’utilisateur.
5. Pages trop longues
Les pages trop longues rendent difficile la recherche de l’information pertinente, ce qui oblige à passer plus de temps à faire défiler et lire la page web.
- Fractionner les pages en sections claires et intuitives.
- Créer une navigation efficace, comme un menu ancré, pour faciliter l’accès aux différentes sections.
- Limiter l’arborescence du menu.
6. Hébergement de ses données
Les centres de données hébergeant vos données consomment davantage d’énergie, qu’ils ont de données à stocker, à traiter et à envoyer.
- Opter pour un hébergeur étant dans une démarche environnementale, par exemple en utilisant des énergies renouvelables, ou en ayant une gestion plus long terme de ses équipements, …
- Opter pour un hébergeur ayant le PUE (Power Usage Effectiveness) et le WUE (Water Usage Effectiveness), les plus bas, ce qui signifie une consommation de ressources limitée.
Par exemple, l’hébergeur français Webaxys s’inscrit pleinement dans une démarche environnementale. Il annonce que toute l’énergie utilisée dans ses datacenters provient de sources renouvelables. Il privilégie des implantations stratégiques en fonction du climat et de l’hygrométrie pour limiter le refroidissement artificiel. Il réduit également son impact en réhabilitant des bâtiments existants plutôt qu’en en construisant de nouveaux. De plus, Webaxys met à disposition un tableau de bord en temps réel de chaque centre de données avec des indicateurs clés comme le PUE, le WUE, l’hygrométrie, …
7. Accessibilité et inclusivité
Un site inaccessible aux personnes en situation de handicap écarte une partie des utilisateurs et peut nuire à l’expérience globale.
- Utiliser des contrastes élevés pour les textes et les éléments interactifs.
- Proposer des alternatives textuelles aux images.
- Prévoir une seule palette de couleurs optimisée pour les modes clair et sombre.
- Se conformer aux exigences du Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) en France, qui fournit des recommandations concrètes pour rendre les sites accessibles à toutes les personnes, y compris celles ayant des handicaps visuels, auditifs ou moteurs. Cela inclut l’utilisation de textes alternatifs, des champs de formulaire accessibles et une navigation clavier efficace.
En résumé
Ces bonnes pratiques ne concernent pas uniquement les sites internet. Elles s’appliquent également aux plateformes de streaming, aux réseaux sociaux, aux services intégrant de l’intelligence artificielle : interroger la pertinence des fonctionnalités, limiter les traitements inutiles et concevoir des services sobres dès leur origine permet de concilier innovation, performance et responsabilité.
Intégrer le numérique responsable, c’est repenser nos usages pour rendre les services numériques plus accessibles, plus inclusifs et moins impactants pour l’environnement. À l’heure où l’intelligence artificielle s’impose comme un nouvel accélérateur du numérique, cette démarche devient un véritable levier de qualité, de performance et de durabilité.
Le numérique responsable n’est pas un frein à l’innovation : c’est une opportunité d’inventer des services plus utiles, plus sobres et mieux adaptés aux enjeux de demain.
À suivre
À l’occasion de la refonte du site internet de l’Agence Think+, nous plaçons ces bonnes pratiques au cœur de notre démarche afin de concevoir un site plus sobre, accessible et responsable.